dimanche 21 avril 2013

38 témoins

38 témoins, de Lucas Belvaux




"Sous un prétexte policier, Lucas Belvaux propose une réflexion sur la lâcheté, prenant le public à témoin." - Les Fiches du Cinéma

Alors que Sophie rentre chez elle d'un voyage en Chine, la femme découvre que sa chère ville du Havre a été touchée par un événement funeste. Au sein de son quartier de résidence, un assassinat violent. Tout le quartier interrogé semble n'avoir rien entendu. Son propre mari, Pierre Morvand, resté au Havre lors de son voyage, semblait s'être absenté pour travailler ce soir-là. L'évidence s'impose pourtant après quelques minutes dans le film : ce silence n'est pas net.

[Spoilers à venir.]

Premiers plans impeccables. La beauté, la mesure, l'efficacité des images et des sons est terrifiante. C'est peut-être le moment le plus esthétique du film. L'ambiance se pose sans la moindre hésitation. Les rues droites du Havre, les bâtiments en béton et le sang explosé sur le bitume sont des juges implacables. Qui meurtrissent d'avance autant les témoins que le spectateur.

38 témoins, 38 personnes qui n'ont rien fait pour sauver cette femme qui cherchait de l'aide. 

Ce film, réflexion sur la lâcheté et la culpabilité qui en découle, chez les témoins, chez la femme de Pierre, chez la journaliste, chez le policier, chez les spectateurs - surtout. Tous, liés sous l'étendard sombre du manque de courage. Beaucoup de critiques sur la sphère Internet trouvent un côté très moralisateur à ce film, semblant leur souffler à l'oreille "La lâcheté est un vice !" ; je n'ai personnellement pas vu un jugement de la nature humaine, mais plutôt une constatation. Le maître de justice semble le seul à poser son oeil expert sur l'histoire : "Vous allez apprendre que les hommes sont lâches. [...] Il n'y a rien à comprendre." (citation de mémoire, puisque l'extrait est introuvable... j'espère ne pas me tromper)

Nous mettre face à ce que l'on se cache. Voilà ce que ce film devrait faire ressortir. Pour cela, la scène quasi-finale de la reconstitution et les cris insoutenables sont particulièrement efficaces. Prenant le spectateur par l'horreur, par les tripes qui s'arrachent à travers les tympans. 



Tous témoins : ici, d'un crime, mais au quotidien, des injustices et des horreurs. Est-ce à blâmer ? Oui et non. Pointer du doigt les "lâches" n'est pas le but du film ; cela demanderait trop de doigts. Pas toujours très pointilleux et précis, mais définitivement une prenante découverte.

Avez-vous un film à me conseiller ?

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