mercredi 8 mai 2013

Mud, de Jeff Nichols

Mud, Jeff Nichols


« S'il travaille par endroits la matière sèche et troublante de ses premiers films, Nichols vise ici - et atteint parfois - l'évidence des grands récits classiques.» - Les fiches du Cinéma.

Coup de coeur en perspective, as well ! Le réalisateur de Take Shelter, Jeff Nichols, vient de sortir un tout nouveau film et c'est un délice d'une finesse étonnante. Qui fait l'unanimité (allez jeter un coup d'oeil aux critiques presse d'Allocine : on se croit en plein ciel nocturne d'août, avec toutes ces étoiles).

Ellis, jeune garçon du Mississippi, vit avec ses parents, dont le couple bat de l’aile, dans le bayou. Il aime ce lieu sauvage, qu’il explore avec Neckbone, son ami de la ville. Après avoir découvert qu'il existait un bateau suspendu dans les arbres sur un îlot lointain, les deux amis décident d'emprunter le bateau du père d'Ellis sans autorisation pour se l'approprier. Arrivant sur place, Ellis découvre des traces humaines : quelqu'un vit ici. Ils rencontrent en effet Mud, vagabond à l'allure douteuse, qui leur demande de le ravitailler quelques jours, le temps qu'il retrouve une amie, Juniper. Ellis accepte et s'attache au fil des jours à Mud, découvrant peu à peu sa face cachée.. Film de caractères, régulièrement comparé aux livres de Faulkner, Mud est rempli de situations psychologiques où les rapports humains sont forcés, voir tendus. La tendresse qu'éprouve Ellis pour cet idéal romanesque qu'il souhaite incarner se comprend à travers les yeux de l'enfance : en effet, ce "clochard céleste" semble être le parfait héros pour un jeune garçon en opposition avec la vision pessimiste de l'amour de son propre père.

Il s'agit bien ici d'un récit globalement mené à travers les yeux d'un enfant. L'enfance, au centre du récit, se dirige de plus en plus vers la fin de l'innocence le long du film, aboutissant à le nouvel envol accompli par Ellis dans les scènes finales. Avec l'aide qu'il va fournir à Mud, le jeune garçon et son ami Neckbone vont être confrontés à l'amour, au mensonge, à la désillusion, et la foi, toujours présente. Cette foi est celle que les personnages ont envers les gens, l'amour et envers les belles choses de ce monde. Avec Mud, Jeff Nichols interroge tout le pouvoir de croyance de son pays, des plus petites aux plus grandes. Il n'est pas ici question de foi religieuse, mais de mysticisme (qu'on retrouve dans le film symbolisé par des rites ou des reliques adorées). Le récit ne devient jamais trop pessimiste, au contraire : en s'accrochant à la vision de cet enfant qui continue à croire en Mud et en sa ville et ses habitants, le film aboutit à une ouverture lumineuse, loin de ce qu'on pourrait attendre en suivant le déroulement.




Le fleuve du Mississipi apporte une dimension symbolique à ce remarquable récit d'initiation : le bateau dans les arbres, la traversée vers l'île, la fosse aux serpents, l'ouverture vers l'océan de la liberté.  Pur espace symbolique et pur lieu de cinéma, le fleuve, l'espace aquatique en général, marque le temps qui passe inlassablement. C’est par-delà une ligne d’horizon lourdement dramatisée que se trouve l’îlot, de même que la liberté finale de Mud. Les espaces ainsi délimités par cette barrière naturelle viennent trouver une fonction précise dans le récit, chacun réservant aux personnages un type particulier de rencontre ou d'événements.
Personnages de solitude mais foi commune en l'avenir et en l'humanité, Mud et Ellis se retrouvent plus proches encore après leur séparation.


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