samedi 4 mai 2013

Royal Affair

Royal Affair, de Nikolaj Arcel.



Coup de coeur en vue !

Danemark 1770. Le pays accueille la nouvelle femme du roi, Caroline Mathilde. Au même moment, ledit roi se trouve assigné un médecin attitré, Johann Friedrich Struensee. La passion secrète que voue la reine au médecin va changer à jamais le destin de la nation toute entière. Royal Affair relate une page capitale de l’histoire danoise, oubliée des manuels français. Relation amoureuse mais avant tout intellectuelle, l'idylle se retrouve vite frappée par l'orage. Les deux amants, adeptes des philosophes des Lumières, profitent de leurs positions sociales pour tenter de réformer le pays : renversement de l’ordre social établi, et annonce des révolutions qui embraseront l’Europe quelques décennies plus tard.

Film inspiré d'un roman de Per Olov Enquist intitulé La visite du physicien royal, Royal Affair s'attarde donc sur un événement tout à fait réel de l'Histoire danoise. Cet événement inspira un autre livre, plus érotique, sur la relation entre les deux amants : Prinsesse af blodet de Bodil Steensen-Leth. Celui-ci narre l'histoire du point de vue de la reine, Caroline Mathilde. Le film pointe donc en avant les perspectives de ces deux ouvrages, de façon combinée, pour aboutir à un film mêlant la relation adultère et l'Histoire de la révolution ratée d'un pays.


Et en effet, on est tout d'abord fasciné par la qualité de la reconstitution historique. Rappelons-nous des films à froufrous en tout genre qui se réalisent de plus en plus actuellement (Pride and Prejudice, The Duchess, Les adieux à la reine, Les fantômes de Goya, ..) mais qui n'égalent pas un Barry Lyndon, il faut bien l'admettre. Nikolaj Arcel va pourtant s'en rapprocher, avec des techniques, une esthétique et - à défaut d'un réalisme pointilleux - un choix impeccable d'acteurs principaux. Mads Mikkelsen, si tu m'entends, je pense à toi tout particulièrement. Ainsi qu'à Mikkel Boe Folsgaard, roi fou et sans limite, tout à fait dissonant dans ce 18ème siècle de la bourgeoisie, de la raison et du romantisme quasi-précieux du siècle des Lumières. On peut, ceci dit, trouver la représentation faite de Struensee un poil trop idéalisée de temps à autres, en tant que grand homme de raison sans faille - j'ai tendance à croire qu'il s'agit là d'un point de vue interne à la reine, aveuglée par son regard d'espoir tout autant que d'amante. 





Au-delà de l'aspect romantique du couple d'amants à l'écran, il faut regarder l'aspect historique et politique. Ce fait de l'Histoire danoise a fait l'objet d'une quinzaine de livres, d'un opéra, un ballet et il est même enseigné à l'école. Bien que n'étant pas l'aspect principal du film pour certains spectateurs, je pense qu'il vaut tout le temps qu'on peut passer à s'y intéresser de plus près et c'est en cela que l'affiche française ne me semble pas représentative du film. Ce regard joint de couple dansant... ce n'est pas tout. L'Histoire s'immisce, la politique vient séparer d'un bras de fer les personnages, fussent-ils amants ou non. Les idées des Lumières sont un poil idéalisées, peut-être puisque le temps de s'exporter de la France au Danemark, les propos se sont gonflés et les esprits ont adopté des idéaux qui les dépassaient ; si la liberté de commerce fut à cette époque le cœur des troubles politiques, on ne nous présente ici que sa pure façade, les droits de l’homme. En ce sens, les personnages principaux se rapprochent tous d'une certaine folie, même le plus raisonné d'entre eux. La santé mentale du roi ne fait plus aucun doute, mais Struensee manque de raison dans son élan des Lumières, et sombre dans une "folie" dans son emportement d'idées libératrices qui ne peuvent mener à rien de façon aussi excessive et rapide.

PS : Si vous aimez Mads Mikelsen, je vous conseille la toute nouvelle série Hannibal. C'est un Amour.

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